Moi Apprenti ! Romain, 19 ans, BAC Pro à l’école EPMTTH de Paris

Nouvelle rubrique orientée sur la formation, ces quelques lignes sont le regard porté par trois professionnels (un apprenti, un formateur, un Maître d’apprentissage). La parole leur sera donc donnée pendant un an, soit 5 numéros pour découvrir l’univers des apprentis d’aujourd’hui et les rêves qui les animent. Nous allons tourner dans toute la France pour donner la « Tribune » à ces jeunes qui sont l’avenir de la profession, mais aussi à ceux qui les encadrent.

Notre profession, qu’il s’agisse de la boulangerie ou de la pâtisserie, progresse en image grâce, il faut bien le reconnaître, aux émissions de télévision depuis quelques années. Hier, s’il fallait cacher à son amie que nous étions boulanger pour ne pas la perdre, aujourd’hui, l’idée même de savoir faire pain et pâtisserie ravit la gente féminine. Mieux que cela, les femmes entrent dans la profession et gagnent souvent les concours au nez de ces messieurs. Bravo Mesdames. Cet apprentissage, est t’il le reflet de tant de rêves, à un moment de la vie où le corps et l’esprit restent encore malléables ?

 

Romain Kuhn - apprenti EPMTTH M. Meusnier - Epmtth Cyril Chainay - Formateur

 

Romain, BAC Pro en boulangerie en formation à l’école EPMTTH de Paris et apprenti chez Raoul Maeder (un des Meilleurs Boulangers de France)

« C’est lors d’un stage en 3ème que j’ai découvert le métier de boulanger. Je viens d’un milieu où la cuisine et le service ne m’étaient pas inconnus. Aujourd’hui, je suis satisfait de mon choix mais ne cache pas que le moral faisait un peu défaut par moment et j’ai eu quelques doutes. La dynamique fût impulsée par le formateur à l’école et mon maître d’apprentissage mais surtout le cadre familial qui aborde le sujet avec plus de tempérance. Si on ne nous cache rien en arrivant, on ne nous dit pas tout ! Aujourd’hui je suis vraiment content, je le dois aux résultats tant en théorie qu’en pratique et apprécie que mes formateurs soient fiers de moi. J’ai la chance de ne jamais me sentir seul. Il faut rester vigilant lorsque nous parlons entre copains et ne pas nous laisser influencer. Ceci vaut dans l’entreprise où je travaille, mais aussi au centre de formation et avec mes amis extra-professionnels. Je sais que c’est un métier d’avenir, je participe à des concours et ceci m’ouvre l’esprit vers le «toujours mieux » et ces petites compétitions me stimulent, de plus, je gagne en confiance en moi. Mon rêve ? Travailler aux Etats-Unis. Mon patron m’invite à bien tourner en France avant d’aller voir ailleurs…

Cyril Chainay, formateur en boulangerie à l’école EPMTTH de Paris

« Nos jeunes en formation sont souvent des enfants qui abordent un métier avec un regard idyllique sur la profession. Nous avons beaucoup de jeunes comme Romain, toutefois, une partie considérable d’élèves sont ici par défaut. Avec beaucoup d’énergie déployée, nous devons les initier au calcul rapide, à l’écriture, à la lecture car les recettes s’apprennent, mais le passage à la lecture reste incontournable. Lorsque ces jeunes ont pris confiance en eux et découvrent le métier, nous avons des perles, nous avons des jeunes courageux, qui s’ouvrent sur un avenir qui semble leur sourire. Je serais heureux de savoir qu’à partir de la 5ème, ils puissent faire plusieurs stages dans plusieurs métiers et non un stage dans le métier qu’ils aimeraient faire. Le droit à l’erreur existe. Sur une trentaine d’élèves à l’inscription, nous en avons toujours entre 5 & 6 qui décrochent. Concernant notre formation, à l’EPMTTH nous apportons les bases fondamentales car chez leurs patrons, certains ne fabriquent pas tel ou tel produit qui est une valeur sûre et ceci est un point fort dans notre école. Nous pensons que les patrons oublient l’apprenti qu’ils étaient. L’apprentissage doit être le prolongement de la vie familiale pour le cœur, et l’entrée en vie active pour la rigueur.

Raoul Maeder (Un des Meilleurs Boulangers de france) et Maître d’apprentissage de Romain

« Les jeunes sont l’avenir de la profession. Si notre activité le permet, il est important de transmettre et donner sa chance à un apprenti. Pour cela, nos jeunes doivent se sentir dans leur élément mais à l’affût de la moindre information. Ils doivent comprendre l’alchimie de toutes les matières premières, la fermentation, l’autolyse… Même s’il est timide, nous voyons de suite qu’un apprenti veut s’investir. Alors nous devons être fiers de lui. Romain est un garçon généreux et déterminé, et je suis satisfait de tous les jeunes qui sont passés chez moi. L’entreprise est un monde qui n’est pas toujours tendre. L’apprenti doit appréhender cette vie sociale et professionnelle très vite. Le patron doit l’aider, le patron doit l’aimer. Nous sommes des tuteurs et devons aborder l’ensemble des situations. Les horaires de travail, chez moi, c’est 6 jours de travail puis trois jours de repos afin de se trouver avec sa famille quelques fois sans passer tous ses weekends au laboratoire ou au fournil. Concernant les salaires, on doit parler en brut et non en net car nous devons apprendre à l’apprenti à bien travailler mais aussi à bien se vendre. L’apprenti doit passer par tous les postes, et il ne faut surtout jamais faire ouvrir des cartons de surgelés aux jeunes mais bien les former au fait maison. Même bonne ailleurs, la viennoiserie doit être meilleure chez moi et mon apprenti doit le crier haut et fort. Surtout, un bon Maître d’apprentissage, c’est celui qui ne craint pas d’être dépassé par son élève ; alors là, c’est du bonheur et votre apprenti vous le rendra toujours. Petit conseil, avant d’aller à l’étranger, apprenez bien votre métier en France, c’est le berceau de notre profession. Je suis allé à droite et à gauche, moi aussi, mais « l’herbe est verte ici » pour celui qui aime ce métier. Autre petit conseil, voyez votre installation et la revente de votre activité avec un œil neuf… Le métier change et vous en êtes les héritiers !

 

Plus d’infos sur epmtth.org

Auteur : Gérard SABY

Partager cet article sur
468 ad