Amandio PIMENTA : “Difficile de taxer les robots ! Alors amortissons les salaires des salariés dans l’artisanat !!!”

LE FUTUR DE LA TRADITION

En 2017, dans les journaux télévisés des grandes chaines, plusieurs reportages faisaient le constat de 2000 boulangeries artisanales qui disparaissent par an, des centres villes et des milieux ruraux, avec toutes les conséquences économiques et sociales induites…

L’état, conscient de la gravité de la situation a commandé un rapport et constitué un groupe de travail à cet effet (ce n’est pas le premier !). Les décisions qui vont être prises, si elles vont sur le chemin de la bonne direction, risquent d’être insuffisantes faute de moyens financiers à la hauteur des enjeux…

Nos organisations professionnelles se doivent d’être imaginatives et présenter aux pouvoirs publics un projet novateur qui sorte des sentiers battus sans issues, et qui compléterait avantageusement les futures mesures prises par le législateur…Il nous faut aller dans l’innovation législative, économique et sociale que la France par sa culture et son histoire affectionne particulièrement. Cela est possible, et nous allons le démontrer en quelques lignes.

A chiffre d’affaires égal, nous utilisons dans l’artisanat trois fois plus de main d’œuvre que nos concurrents industriels ! Être compétitif dans ces circonstances est impensable !!! Toute élévation d’un édifice quel qu’il soit sur un terrain instable est voué tôt ou tard à sa propre auto destruction…

Le bon sens nous commande donc de construire par l’appareil législatif un statut particulier pour l’artisanat à forte utilisation de main d’œuvre. Afin que soient prises en compte les principes de réalité et nos spécificités.

Pourquoi ?

Parce que dans l’artisanat, la base du savoir-faire c’est précisément le travail manuel, les tours de mains qui ne sont pas robotisables…. Les machines ne sont qu’accessoires… Ceci est d’ailleurs fort bien explicité est reconnu par la loi. C’est pourquoi nous avons déjà un cadre légal qui nous différencie de l’industrie. Nous avons l’apprentissage, des structures de droit public qui nous représentent comme les chambres des métiers et bien d’autres différences encore…

L’unique problème que nous avons dans tout ce dossier, c’est que nous avons le même plan comptable !!! Nous avons des données économiques différentes des industriels, mais nous sommes soumis aux mêmes règles de comptabilité. Le nœud gordien ou la pierre d’achoppement est précisément là, car pour le reste, l’artisanat n’a pas peur de la concurrence, nous sommes mêmes capable par notre réactivité et capacité d’adaptation de battre la concurrence pour peu que les règles du jeu soient les mêmes !!!

Il est donc vital et fondamental de rééquilibrer cette distorsion de concurrence si nous, notre société et les pouvoirs publics voulons maintenir ce secteur vertueux et indispensable à notre économie, à notre bien-être social qu’est l’artisanat français, modèle unique au monde, partie essentielle de l’art de vivre à la française que toute la planète nous envie…

Concrètement comment faire ?

Il pourrait être considéré de manière extraordinairement simple que la « forte utilisation de main d’œuvre » est en soit, un outil de production dans l’artisanat au même titre que les machines dans l’industrie. Effectivement lorsqu’un ouvrier boulanger pèse et façonne des pains à la main, et que dans l’industrie on utilise pour le même travail un groupe de machines automatiques sur le plan comptables ces deux façons de faire sont considérées de manière identique en l’état actuel. Cependant, dans l’artisanat cette action de produire ne s’amorti pas, alors que dans l’industrie si !!!

Les conséquences de cet état de fait sont catastrophiques et gravissimes pour nos entreprises artisanales. Nous sommes soumis à une double voir une triple peine, non seulement la main d’œuvre qui fait partie intégrante de notre outil de production ne s’amorti pas en comptabilité, mais en plus elle est soumise aux charges sociales qui ne cesse de croitre…Alors qu’une machine industrielle s’amortie. Cet amortissement permet même à terme de financer en remplacement une machine encore plus performante améliorant encore la productivité et abaissant par la même, les couts de production, tout en augmentant les bénéfices, et ainsi de suite depuis plusieurs décennies !!! Comment résister dans ces conditions, et avoir un coût de production compétitif, alors que nous le savons, la cadence des gestes humains ne peut atteindre la cadence de production d’une machine associée au numérique et surtout avec l’intelligence artificielle qui optimise et rationalise au maximum….

Il pourrait être donc décidé légitimement de donner un statut particulier à notre artisanat en permettant d’amortir une partie de la main d’œuvre ou de la masse salariale afin d’introduire une notion d’équité de traitement dans le plan comptable et économique, et de permettre ainsi une concurrence loyale équilibrée.

Au passage d’ailleurs si cette action n’aboutissait pas, il serait bon de réfléchir à un recours juridique devant les instances suprêmes que ce soit au niveau national ou européen afin d’obtenir une égalité de traitement réel de la loi à notre égard…

Cette approche pourrait être pour notre secteur extraordinairement positif en de nombreux domaines. Mais pas seulement, je ne vais pas énumérer tous les avantages d’une telle petite réforme très facile à faire. Quelques exemples tout de même : premier point, cette approche n’enlève rien à quiconque. Ensuite nous pourrions imaginer que retrouvant des marges de manœuvre financières dans nos entreprises, nous affections une partie des amortissements sur la masse salariale, aux revalorisations des salaires (objectif séduisant pour nos salariés). Nous pourrions ainsi remédier à termes à la pénurie de main d’œuvre qualifiée auquel nous assistons actuellement, en rendant nos secteurs artisanaux plus attractifs et valorisants….

Autres avantages induits, qui intéressent directement les partenaires sociaux et l’état, si nous augmentions les salaires grâce à ce rééquilibrage, les cotisations sociales augmenteraient elles aussi, et participeraient de façon importante à la remise à niveau des comptes sociaux…

Et bien d’autres avantages encore, en définitive, cette idée réformatrice, à voilure réduite intéresse au premier chef notre secteur économique. Mais pour un gouvernement ambitieux cette approche pourrait être élargie et devenir un vrai projet politique sociétal qui pourrait apporter des solutions au chômage, à la difficulté que nous avons de sortir les chômeurs des minima sociaux du fait de l’absence d’écart entre la rémunération du travail et les indemnisations sociales de ces derniers…

Bref de tout temps l’homme politique a cherché à apporter des solutions simples à un problème complexe et ce, de façon la plus généralisée possible. Cette idée d’innovation en matière économique et sociale est une pépite brute qu’il nous faut travailler, mais elle est surtout une chance pour notre société et notre bien vivre ensemble.

Auteur : Amandio Pimenta

Meilleur Ouvrier de France 1994, Maître Artisan Boulanger Pâtissier, Vainqueur de la Première Coupe du Monde de la Boulangerie 1992, Lauréat de la Création de l'Entreprise.

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